Tadadaaaaaa, un nouvel article méga génial sur ce blog suivi par au moins 2 personnes (et non, personne de ma famille).
Rappelons le, les 3 ans d’études d’infirmier, en tout cas dans l’ancien programme, constituent en un enchaînement d’un mois de cours et d’un mois de stage en milieu hospitalier, tous les infirmiers en stage se permettant de bien rappeler à l’étudiant qui chercherait à imiter leurs mauvaises habitudes qu’il aura bien l’occasion de faire ce qu’il voudra quand il aura le fameux Diplôme d’Etat Infirmier.
Apres 3 ans à entendre "Quand tu auras le papier, tu feras ce que tu voudras", certaines personnes de mon équipe me regardent bizarrement, quand, me faisant une réflexion, je leur sors "j’ai le papier, je fais ce que je veux, c’est les infirmières qui me l’ont dit".
Qu’est-ce donc que le rite initiatique ? Si on prend la génialissime source qui est Wikipedia, on trouve :
Un rite de passage (ou rite initiatique) est un rituel marquant le changement de statut social ou sexuel d’un individu, le plus généralement la puberté mais aussi pour d’autres évènements comme la naissance ou la ménopause. Le rituel se matérialise le plus souvent par une cérémonie ou des épreuves diverses.
Les rites de passage permettent de lier l’individu au groupe, mais aussi de structurer la vie de l’individu en étapes précises qui permettent une perception apaisante de l’individu par rapport à sa temporalité et à sa mortalité.
Ce phénomène a donc un enjeu important pour l’individu, pour la relation entre l’individu et le groupe, et pour la cohésion du groupe dans son ensemble.
En l’occurrence, si je fais le lien avec ce que l’on m’a répété pendant 3ans, le rite de passage est représenté par la partie pratique du Diplôme d’Etat (DE) infirmier. Cette partie pratique, qui existe encore pour la promotion en cours mais n’existera plus pour la promotion suivante suite à un changement de la méthode d’enseignement, est particulièrement mal vécue par un panel important d’étudiant. La partie pratique (MSP pour Mise en Situation Professionnelle) est hautement subjective, dépendant entre autre de l’humeur de la formatrice qui vient évaluer, que de l’ambiance générale au sein de l’équipe mais rarement de l’état du patient. Le patient, pendant le DE, est bien souvent le cadet de nos soucis, le but étant de plaire au jury. La codification qui détermine la validation ou non de l’épreuve pratique est utilisée tout au long de la scolarité, la version DE est juste plus longue, les erreurs sont moins pardonnées, c’est la version vrai de vrai.
Les études d’infirmiers ne sont pas les seuls à avoir un examen final de validation, et ce n’est pas dans ce sésame que j’ai pu voir la notion de rite, mais dans le comportement de mes ex/futur collègues en comparant avant/après l’obtention du diplôme.
Prenons quelques situations types, entre J-1 qui indique mon statut d’étudiant n’ayant pas eu encore les résultats de l’examen pratique et J+1 indiquant que j’ai eu le fameux sésame :
Je demande le nom d’un médicament :
J-1 :
- Etudiant : "Salut, tu peux me dire le nom pour de la Rocéphine ® ?"
- Infirmière : "J’suis pas le Vidal, tu n’as cas cherché". Et accessoirement me donner la réponse.
J+1 :
- Infirmier, ex étudiant : "Salut, tu peux me dire le nom pour la Rocéphine ® ?"
- IDE : "C’est Ceftriaxome, en bas à droite dans les injectables."
Et je retrouve ce comportement pour tout, que ce soit pour les poses de VVP :
J-1 :
- ESI : "Je dois changer la VVP de M. X, mais j’en ai posé qu’une seule."
- IDE : "Quoi ? Tu n’as posé qu’une VVP pendant toutes tes études ?" Sous-entendu, tu n’as rien branlé pendant toutes tes études et ce n’est pas moi qui vais te montrer comment faire.
J+1 :
- Infirmier, ex etudiant : "Je dois changer la VVP, mais j’en ai posé qu’une seule."
- IDE : "Pas de problème, on peut tout voir pendant ses études, je t’ai préparé le chariot et on y va quand tu veux".
Ou les pansements :
J-1 :
- ESI : "J’ai fait une fois le PST d’une VVC, je suis pas très sûr de moi, tu peux venir vérifier mes gestes ?"
- IDE : "Houla, là j’ai pas le temps, ce n’ai pas grave, va faire les toilettes, on le verra une autre fois". Sous-entendu, je vais le faire sans toi, pas que cela à faire.
J+1 :
- Infirmier, ex etudiant : "J’ai fait une fois le PST d’une VVC, je suis pas très sûr de moi, tu peux venir vérifier mes gestes ?"
- IDE : "Houla, là j’ai pas le temps, ce n’est pas grave, fait comme tu le sens." (True Story)
Etc, etc.
Alors, qu’est ce qui me différencie entre J-1 et J+1 ? Rien, si ce n’est un morceau de papier qui dit que je suis apte à travailler, morceau de papier qui me permet d’être enfin reconnu par mes paires comme faisant parti des leurs.
Quand j’ai commencé à (m’)exercer, soit plusieurs mois après l’obtention du diplôme, en tant qu’intérimaire, c’est assez étonnant que l’on m’adresse la parole quand j’arrive dans un service, soit me dire bonjour, soit me faire les transmissions. On répond à mes questions, on me donne un coup de main si je suis dans la mouise, etc etc. Cela fait un choc la première fois, il faut dire que l’on m’avait habitué au "Tu es étudiant ? Démerde toi. ".
Depuis que j’ai ce papier, en tout cas dans les premières semaines, mon niveau de connaissance était exactement le même qu’avant. J’étais jugé incompétent pour tenir un service, mes connaissances trop faibles, pas assez de dextérité. Et après, j’étais devenu compétent pour libérer l’infirmière de nuit, les connaissances suffisantes et bon, la dextérité, cela s’apprend sur le tas.
Au final, j’ai plus appris en 3mois en post diplôme qu’en quasiment 3ans d’étude, obligé de me débrouiller seul, de faire l’infirmier (car l’être est plus compliqué) et d’être l’homme de pas mal de situations. Je me dis avec le recul, que si en tant qu’ESI, on m’avait également laissé une responsabilité aussi importante, j’aurais beaucoup plus appris sur le terrain et intégré plus facilement la grande famille des paramédicaux. Mais pour cela, il aurait fallu m’intégrer à l’équipe, qui aurait sous entendu que j’avais déjà réussi avec succès mon rite de passage.
Ce rite de passage, me rappel un peu les versions de passage de l’enfance à l’adulte dans certaines sociétés. Ce n’est pas l’âge qui détermine si un enfant devient/est un adulte, mais une action ou une épreuve. Une fois cette épreuve passée, c’est un adulte, point barre. Il n’y a par contre pas de possibilité de revenir en arrière et c’est ce qui effrait peut-être un certain nombre de jeune IDE, désappointés par la réalité du métier d’infirmier qui a souvent été pas ou peu montrer pendant les études.
Dans le cadre de la nouvelle formation, le diplôme est obtenu via le biais d’un jury, qui évalue(ra) si l’étudiant est à même ou non d’exercer. Est-ce qu’avec la perte du rite, ces nouveaux infirmiers seront aussi bien accueillis dans leur futur métier ? J’en doute fortement, car déjà dans le cadre de leur formation, beaucoup (dont moi, comme quoi, j’ai été bien formaté) estime que cette formation reste incomplète dans une bonne MSP DE.
Définitions :
VVP : Voie Veineuse Périphérique, accessoirement ce qui permet de faire passer un soluté dans les veines de petit calibre.
VVC : Voie Veineuse Centrale, comme pour une VVP, mais sur une veine de plus gros calibre.
ESI : Esclave/Etudiant en Soins Infirmiers.
IDE : Infirmière/Tiran/Despote diplômé d’état
Source :
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Rite_de_passage
PS : Wysiwig de merde qui m’explose la mise en page